Sommaire
La vaccination fait l’objet d’une méfiance répétée, notamment en France, où les discours dits “antivax” remettent en question la sécurité et l’efficacité des vaccins. Parmi les controverses récurrentes figure l’hypothèse de l’apparition des premiers signes de l’autisme conséquemment à une vaccination. D’ailleurs, aux États-Unis, les CDC (Centers for Disease Control and Prevention, ou Centres pour le contrôle et la prévention des maladies) ont agité la communauté internationale en novembre 2025, en déclarant qu’il n’était pas possible d’écarter un lien entre vaccination et autisme.
De telles croyances représentent un risque pour la santé publique, car elles réduisent l’efficacité de la prévention de certaines maladies et détournent les patients de soins.
Une étude danoise (Niklas Worm Andersson, Ingrid Bech Svalgaard, Stine Skovbo Hoffmann, et al.), publiée en juillet 2025 dans la revue Annals of Internal Medicine, permet de répondre aux inquiétudes à propos des vaccins contenant de l’aluminium. En effet, les métaux lourds font partie des toxiques mis en cause dans les mouvements antivaccination. Le scepticisme à leur égard est-il justifié ?
L’essentiel de l’article :
- L’autisme est un trouble du neurodéveloppement (TND), qui apparaît avant la naissance et persiste toute la vie.
- Les métaux lourds présents dans certains vaccins servent à provoquer une inflammation et à empêcher l’agent infectieux du vaccin d’être éliminé trop vite. Cela laisse le temps au corps de créer des défenses solides.
- Se faire vacciner n’a aucune incidence sur le fait ou non d’être autiste.
À quoi servent les métaux lourds présents dans certains vaccins ?
Lorsqu’un agent infectieux entre en contact avec l’organisme, ce dernier déclenche une réaction immunitaire permettant de reconnaître cet agent spécifique pour mieux se défendre à l’avenir. L’organisme garde une trace de la rencontre en mémoire.
Toutefois, certaines maladies ont des conséquences trop importantes pour laisser l’organisme se défendre seul. Les vaccins sont des médicaments préventifs qui répondent à ce problème : ils permettent à l’organisme d’apprendre à se défendre dans un contexte où le risque est réduit.
Il existe deux catégories principales de vaccins :
- Les vaccins vivants atténués, qui contiennent une version modifiée de l’agent infectieux pour qu’il soit moins virulent.
- Les vaccins inactivés, qui contiennent un agent infectieux tué par traitement chimique, chaleur ou rayonnement.
Lorsque l’agent infectieux est vivant mais affaibli, une réaction immunitaire se produit, garantissant l’efficacité du vaccin. Cependant, lorsque l’agent infectieux est mort (dans le cas de vaccins inactivés), sa présence n’est pas suffisante pour déclencher une réaction immunitaire. Pour cela, on ajoute des adjuvants (comme les sels d’aluminium).
Si l’on trouve des métaux lourds comme l’aluminium dans certains vaccins, c’est pour “forcer” la réaction immunitaire à se produire face à un agent infectieux inactivé.
Le Danemark, un contexte parfait pour étudier l’impact de l’aluminium dans les vaccins
Au Danemark, un programme national de vaccination est établi depuis 1943. Ce programme permet à tout enfant de bénéficier des vaccins recommandés par les autorités de santé gratuitement. Avec le temps, les directives ont évolué, ce qui fait qu’en fonction de leur année de naissance, les enfants n’ont pas reçu les mêmes vaccins. L’exposition à de l’aluminium a donc varié graduellement, créant ainsi de larges groupes d’individus ayant reçu des doses plus ou moins élevées d’aluminium lors de la vaccination.
En parallèle, chaque citoyen danois est inscrit dans le registre médical des naissances du pays. Il consigne des données de santé à la naissance, ainsi qu’un numéro d’identification personnel. Ce numéro permet de retrouver certaines données médicales sur la personne, comme sa présence sur les registres vaccinaux ou les diagnostics enregistrés à l’hôpital.
Le contexte danois propose des avantages indéniables pour étudier une possible corrélation entre autisme et vaccins. En effet, l’ensemble des données permet de déterminer exactement quels vaccins chaque citoyen a reçu, ainsi que la présence ou non d’un trouble chronique. De plus, les citoyens ayant reçu des doses différentes selon leur année de naissance, il est possible de créer des groupes et de les comparer pour savoir si les personnes ayant été exposées à plus d’aluminium sont plus souvent autistes. Enfin, il est possible de mener ces comparaison à l’échelle de plus d’un million d’enfants, ce qui maximise la fiabilité des résultats.
C’est en partant de ce constat qu’une équipe du Statens Serum Institut et de l’Université de Copenhague a décidé de mener l’enquête. Les vaccins contenant de l’aluminium augmentent-ils le risque de développer des troubles chroniques, dont les troubles du neurodéveloppement ?
1,2 million d’enfants danois passés au crible
La collecte des données
Les chercheurs ont tout d’abord défini des critères pour savoir quels enfants inclure ou exclure de l’étude :
Parmi les 1 384 357 enfants nés au Danemark entre 1997 et 2018, 1 224 176 ont été inclus dans l’étude.
Il a ensuite fallu calculer l’exposition cumulée à de l’aluminium provenant des vaccins pour chaque enfant jusqu’à l’âge de 2 ans, en additionnant la dose d’aluminium présente à chaque injection. Comme les programmes de vaccination ont évolué, une répartition des enfants s’est naturellement formée en fonction de leur année de naissance.
À titre informatif, les doses d’aluminium dans chaque vaccin étaient comprises entre 0,125 et 1 mg. La moitié des enfants a reçu moins de 3 mg d’aluminium au total, l’autre moitié a reçu plus de 3 mg au total.
Les chercheurs ont ensuite recensé la prévalence de 50 troubles chroniques chez ces enfants, incluant des maladies auto-immunes (diabète de type 1, vitiligo, maladie de Crohn…), des maladies atopiques (asthme, allergies, eczéma…) et des TND. Les données ont été recueillies entre le deuxième et le cinquième anniversaire des enfants, sauf s’ils n’avaient pas encore 5 ans au 31 décembre 2020 ou si l’on perdait leur trace.
L’analyse statistique des données
Le but de l’équipe de recherche était de tester si une exposition cumulée plus forte à l’aluminium des vaccins entraînait plus souvent des troubles chroniques. Pour cela, l’équipe a eu recours à un modèle de survie (la régression de Cox). Le but des modèles de survie est d’étudier le temps écoulé avant qu’un événement (ici, le développement d’un trouble chronique) ne survienne.
La régression de Cox permet d’analyser les effets de différentes variables sur le temps écoulé jusqu’au développement d’un trouble chronique. Les chercheurs ont donc identifié d’autres facteurs environnementaux qui pourraient avoir un effet sur le développement d’un trouble chronique, comme l’année et la saison de naissance, le sexe, le tabagisme de la mère pendant la grossesse, le nombre de grossesses de la mère, la prématurité, le poids de naissance, etc.
Il est ainsi possible d’isoler au mieux l’effet de la dose d’aluminium par rapport à d’autres facteurs potentiels. Pour chaque dose d’aluminium, les chercheurs ont donc établi le risque de développer un trouble chronique entre le deuxième et le cinquième anniversaire des enfants.
L’équipe de recherche s’est ensuite demandé à quel point le risque de développer un trouble chronique augmentait par palier de 1 mg d’aluminium en plus. Elle a donc établi un rapport de risque, calculé par la formule suivante :
Si le rapport de risque est égal à 1, alors le risque de développer un trouble chronique est le même quelle que soit la dose d’aluminium ; s’il est supérieur à 1, alors le risque est plus élevé lorsque que la dose est plus élevée ; s’il est inférieur à 1, alors le risque est plus élevé quand la dose est plus faible.
L’aluminium dans les vaccins augmente-t-il le risque de développer un trouble du neurodéveloppement ?
Non, l’aluminium des vaccins ne provoque pas une augmentation des cas de troubles du neurodéveloppement. Le rapport de risque ajusté obtenu par les chercheurs approchait 1 pour chaque trouble chronique étudié (les maladies auto-immunes, les maladies atopiques et les TND). En ce qui concerne les TND, le rapport de risque pour une augmentation de 1 mg de la dose d’aluminium était de 0,93 : le risque aurait donc techniquement diminué avec une dose plus élevée.
La présence ou non d’aluminium dans les vaccins n’est donc pas corrélée avec le fait de développer un trouble du neurodéveloppement.
Lors d’analyses secondaires, les chercheurs ont modifié certains paramètres afin de s’assurer de la solidité de leurs résultats. Par exemple, ils ont essayé de commencer le suivi à 14 mois au lieu de 2 ans (pour intégrer les enfants dont les vaccins n’ont pas été effectués à temps), puis d’arrêter le suivi à 8 ans au lieu de 5. Les rapports de risques étaient équivalents à ceux obtenus en première instance.
D’où vient la croyance d’un lien entre autisme et vaccins ?
En 1998, Andrew Wakefield publie dans The Lancet une étude établissant un lien entre le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et l’autisme. Dans son étude, il effectue des biopsies intestinales chez 12 enfants ayant été vaccinés et ayant été diagnostiqués d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Chez 8 d’entre eux, le virus de la rougeole est présent ; il en déduit donc que la vaccination a provoqué une inflammation ayant permis le passage de protéines toxiques vers le cerveau.
Plusieurs études ont tenté d’étayer ce lien, y compris deux études danoises (l’une sur des enfants nés de 1991 à 1998, l’autre sur des enfants nés de 1999 à 2010). Aucune n’a cependant établi de corrélation entre autisme et vaccin ROR.
En 2010, la publication d’Andrew Wakefield est retirée pour falsification intentionnelle de ses résultats. Une enquête de Brian Deer a notamment révélé qu’Andrew Wakefield avait été engagé par un avocat, Richard Barr, dans le but de poursuivre en justice des fabricants de vaccins. Depuis, Andrew Wakefield a été radié de l’Ordre des médecins britannique.
Ressources
- Communiqué de presse sur le lancement de la Stratégie nationale de Lutte contre la désinformation en santé
- Dossier de l’Assurance Maladie sur les vaccins
- Études danoises sur les effets indésirables des vaccins :
- Affaire Wakefield :
- Article du Manuel MSD sur l’hésitation vaccinale
- Article du CHU de Montpellier sur l’affaire Wakefield
- Article du British Medical Journal sur l’affaire Wakefield